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Gaspillage
Le gaspillage, ce qui compte pour un restaurateur, c’est l’argent qu’il coûte. Chaque gramme jeté a été payé au fournisseur, rangé, parfois cuisiné. Chez nous, trois pertes sèches coûtent plus que toutes les autres : des portions trop grosses, des commandes passées « à l’œil » et une mise en place préparée en trop. Voici comment les repérer et les chiffrer en euros.
On ne jette pas que de la nourriture : on jette ce qu’on a payé. En 2024, l’ADEME (l’agence publique de la transition écologique) a publié pour la première fois des moyennes pour les restaurants.
180 g, ça semble peu. Prenons un restaurant traditionnel qui sert 80 clients par jour, 25 jours par mois.
Le calcul : GASPILLAGE PAR CLIENT × CLIENTS PAR JOUR × JOURS D’OUVERTURE.
Dans notre cas : 180 g × 80 × 25 = 360 kg jetés par mois.
Ces 360 kg ont été achetés. En comptant 4 € le kilo en moyenne (c’est un exemple), cela fait 1 440 € par mois qui partent à la poubelle, soit plus de 17 000 € par an.
D’où vient cet argent perdu ? Chez nous, trois pertes sèches pèsent plus que toutes les autres.
Sans portion écrite, chaque cuisinier sert la sienne. Le lundi, 150 g de frites. Le samedi, 200 g, pour être généreux. Les 50 g en trop sont payés, et souvent ils reviennent dans l’assiette, puis à la poubelle.
Le calcul : QUANTITÉ EN TROP × PRIX DU KILO × ASSIETTES PAR MOIS.
Dans notre cas : 0,050 kg × 1,80 € = 9 centimes par assiette. Sur 80 assiettes par jour, 30 jours par mois : 0,09 × 80 × 30 = 216 € par mois. Pour une seule matière première d’un seul plat.
Le remède, c’est la fiche technique : la recette écrite, avec le poids de chaque matière première pour une portion. Tout le monde sert la même quantité, et le coût de l’assiette est connu.
Sans quantité de référence, on commande à vue, « au cas où ». Le surplus vieillit au fond de la chambre froide, dépasse sa date, et finit jeté.
Exemple avec la crème. Vous en utilisez 10 litres par semaine, mais vous en commandez 15 pour être tranquille. Chaque semaine, 3 litres finissent par dépasser leur date.
Le calcul : QUANTITÉ JETÉE PAR SEMAINE × PRIX D’ACHAT × 4.
Dans notre cas : 3 litres × 4,20 € × 4 ≈ 50 € par mois, pour un seul produit. Sur dix produits commandés de la même façon, ≈ 500 € par mois.
Le remède, c’est le stock cible : la quantité à avoir après chaque livraison (ce que vous utilisez entre deux livraisons, plus une petite marge). Le jour de la commande, vous commandez seulement ce qui manque pour l’atteindre. La méthode est dans notre article sur les stocks et l’inventaire.
Le commis prépare deux bacs de salade tous les jours, sans réfléchir. Le service n’en utilise qu’un. Le bac en trop s’accumule, et rapidement la salade commence à avoir des traces noires sur les bords. Pour ne pas la perdre, on essaie de l’écouler vite : on en met plus dans les assiettes. Et on retombe dans la perte sèche n° 1, les portions trop grosses que les fiches techniques devaient éviter.
Comparé aux problèmes de personnel, c’est vrai, c’est un problème de riche (c’est Fabian qui le dit, chez nous). Mais c’est un problème de riche qui se paie quand même. Un bac de 2 kg de salade prête, à 3 € le kilo servi, jeté ne serait-ce que 12 jours par mois :
Le calcul : QUANTITÉ JETÉE PAR JOUR × PRIX DU KILO SERVI × JOURS OÙ ELLE EST JETÉE.
Dans notre cas : 2 kg × 3 € × 12 = 72 € par mois, soit 72 × 12 = 864 € par an. Pour un seul bac de salade.
Le remède : préparer à partir des couverts attendus, pas de l’habitude. Les réservations du service, plus la moyenne du même jour les semaines d’avant, donnent les quantités de mise en place. Ce qui manque en fin de service se prépare en quelques minutes. Ce qui est en trop, lui, est perdu.
Pendant une semaine, mettez trois poubelles, une par perte sèche : les assiettes (portions trop grosses), le stock (produits périmés, commandés en trop), la préparation (mise en place en trop, épluchures). Pesez-les chaque soir et notez le poids.
Au bout de 7 jours, additionnez tout, puis transformez les kilos en euros.
Le calcul : TOTAL JETÉ DANS LA SEMAINE × PRIX MOYEN DU KILO.
Dans notre cas : 63 kg × 4 € = 252 € la semaine, soit ≈ 1 000 € par mois.
Vous pouvez aussi vous comparer à la moyenne de l’ADEME : 63 kg ÷ 500 clients = 126 g par client.
Le doggy bag est-il obligatoire ?
Oui. Depuis le 1er juillet 2021, un restaurant doit donner au client qui le demande un contenant (réutilisable ou recyclable) pour emporter ce qu’il n’a pas fini. Vous pouvez faire payer ce contenant, et le client peut apporter le sien. Cela ne s’applique pas aux formules à volonté.
Faut-il trier les restes alimentaires ?
Oui. Depuis le 1er janvier 2024, tous les professionnels doivent trier leurs déchets alimentaires à part : restes de repas, restes de préparation, produits périmés. Ils ne vont plus dans la poubelle ordinaire et doivent être transformés, par exemple en compost. Renseignez-vous auprès de votre mairie ou d’un collecteur.
Sources
Les exemples de calcul sont des exemples : remplacez les chiffres par ceux de votre restaurant.
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